Chronique « Pépites libres » sur les données géographiques libres

Bonjour,

Pépites libres est ma chronique mensuelle dans Libre à vous, l’émission de l’April sur la radio Cause commune. Celle du mardi 23 mars était consacrée aux données géographiques libres.

Comme chaque fois, le podcast et la transcription sont disponibles sous licence libre.

Le 9 mars dernier, j’ai eu le plaisir d’animer le sujet principal de Libre à vous ! consacré au système d’information géographique libre QGIS. Pour profiter librement d’un tel logiciel, il faut des données
ouvertes.

Je voudrais saluer aujourd’hui l’ouverture au premier trimestre 2021 de plusieurs jeux de données par un établissement public qui fêtait récemment ses 80 ans, j’ai nommé l’Institut national de l’information
géographique et forestière, plus connu sous l’acronyme IGN. Cela représente plusieurs téraoctets de données sous Licence Ouverte Etalab parmi lesquelles :

  • la BD TOPO, une base de données vectorielles qui contient notamment la description des contours administratifs, des bâtiments, des réseaux de transport, des lacs, fleuves et rivières ;
  • la BD ORTHO, qui donne une couverture photo aérienne de tout le territoire avec une précision de 20 cm par pixel ;
  • ou encore le RGE ALTI, pour Référentiel Grande Échelle, un modèle numérique de terrain qui renseigne l’altitude de chaque point du territoire.

On peut signaler au passage que l’IGN s’appuie sur du logiciel libre, notamment PostgreSQL/PostGIS pour produire la BD TOPO.

Il me semble intéressant de reparcourir quelques-uns des jalons qui ont permis d’aboutir à une décision que les défenseurs de l’open data appelaient de leurs vœux depuis de nombreuses années, le partage sous licence libre des données de l’IGN.

Dans son rapport publié en 2018, la députée Valéria Faure-Muntian préconisait de « diffuser à terme l’ensemble des données géographiques souveraines sous licence libre de type Etalab ». Elle expliquait fort à propos que « l’économie de la donnée n’est pas régie pas les mêmes règles que l’économie réelle. On constate que la richesse de la donnée est établie à partir de l’utilisation qui en est faite, donc de l’accès qui lui est donné. Ainsi, « ce n’est pas la vente de données qui crée de la valeur, mais sa circulation » ».

Quelques mois plus tard, la Cour des comptes adressait au Premier ministre un référé sur l’enjeu de l’ouverture des données publiques de l’IGN, de Météo-France et du Cerema [Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement]. Elle posait alors très clairement le problème : « Pour mettre fin à l’injonction paradoxale qui menace l’équilibre économique de ces établissements, auxquels il est demandé de développer leurs ressources propres grâce à la vente de leurs données tout en procédant à la diffusion libre et gratuite de celles-ci, il est indispensable que l’État clarifie la réglementation relative à l’ouverture des données et accompagne la redéfinition des modèles économiques de ses opérateurs. »

Dans sa réponse à l’interpellation de la Cour des comptes, Édouard Philippe, en mars 2019, annonçait sa décision « de généraliser la gratuité de la réutilisation des données notamment à l’IGN ». Il ajoutait : « Enfin, je partage le constat de la Cour que les services de l’État eux-mêmes n’utilisent pas systématiquement les données ouvertes en open data produites par d’autres acteurs publics. J’ai donc demandé que ces efforts d’ouverture soient soutenus par les services de l’État que j’ai invités à utiliser préférentiellement ces données ouvertes. »

Daniel Bursaux, le directeur général de l’IGN, déclarait à travers une tribune dans le journal Les Échos : « Désormais, la production des données géographiques doit donc s’organiser autour de trois concepts : mutualisation, collaboratif et libre accès. » ; il faudra encore deux ans pour que cette décision devienne effective.

J’aimerais prendre un moment pour analyser cette ouverture des données de l’IGN par rapport à la base de données libre OpenStreetMap. Nous avions consacré notre émission du 11 juin 2019 à ce projet collaboratif mondial que l’on désigne souvent comme le Wikipédia de la cartographie.
On pourrait penser que ces initiatives sont concurrentes. Je dirais que c’est absolument le contraire. OpenStreetMap reste un projet absolument remarquable par sa diversité et sa réactivité. La communauté OpenStreetMap, qui compte plus de sept millions de personnes, jardine chaque jour la base de données pour l’enrichir, la compléter, la corriger, la mettre à jour. Les contributeurs expérimentent, ils innovent et la dimension mondiale du projet permet de produire des cartes qui ne s’arrêtent pas aux frontières. Les données de l’IGN, quant à elles, ont l’avantage d’offrir une couverture homogène et standardisée, de grande qualité sur l’ensemble du territoire national.

Les contributeurs OpenStreetMap vont pouvoir s’appuyer sur les données ouvertes par l’IGN pour aller encore plus vite et plus loin. Les collectivités et les administrations doivent apprendre à contribuer sur
OpenStreetMap qui fait aujourd’hui référence pour de nombreux usages comme le vélo ou l’accessibilité par exemple. Les réutilisateurs, qu’ils soient services publics, entreprises, associations, écoles, universités et laboratoires de recherche, élus et citoyens, bénéficieront du meilleur des deux mondes. C’est pourquoi il est indispensable que nos décideurs politiques pérennisent le financement de l’IGN pour entretenir les données de référence, renforcer leur diffusion et traduire dans les faits la recommandation n° 7 du rapport Bothorel : « engager la puissance publique sur la voie d’une participation plus active aux communs numériques ». Jean Castex saluait d’ailleurs récemment «
l’utilisation des données qui peut contribuer très significativement à l’amélioration des politiques publiques ».

Je voudrais conclure sur un jeu de mots emprunté à Sébastien Soriano, haut fonctionnaire nommé directeur général de l’IGN au début de l’année 2021. Pour bien comprendre, il faut se souvenir qu’OSM est le raccourci d’OpenStreetMap et SIG l’acronyme de Système d’Information Géographique.
Sébastien Soriano s’amusait de constater : « OSM IGN » est une anagramme de « MON SIG ».

Je donne sur la page de l’émission toutes les références qui m’ont permis de rédiger cette chronique.

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